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Côte d’Ivoire : Impasse de l’affaire Guy André Kieffer

Impasse de l’affaire Guy André Kieffer : Vers un compromis ou une compromission ?

En novembre 2004, quelques mois avant le rapt de l’avocat français Xavier Ghelber, le journaliste et investigateur Guy André Kieffer disparaît mystérieusement à Abidjan. Nous nous situons dans la période trouble d’après le bombardement du camp militaire français de Bouaké par l’aviation ivoirienne bombardement dont les responsabilités n’ont toujours pas été situées mais qui a conduit à une montée de tensions entre Paris et Abidjan.
Kieffer enquêtait sur les malversations financières de la filière Café-cacao au fort de cette affaire. Sa disparition à Abidjan est l’objet d’une enquête qui dure maintenant plusieurs années. L’arrivée au pouvoir de Ouattara, contrairement à ce qu’on espérait, n’a pas apporté grande eau au moulin judiciaire français.
Lors de son séjour en Côte d’Ivoire du 3 au 13 octobre, le juge français Patrick Ramaël chargé du dossier côte français espérait faire avancer de front deux affaires datant de 2004 : celle de la disparition du journaliste Guy-André Kieffer et celle de l’enlèvement de l’avocat Xavier Ghelber. Mais il s’est heurté semble t’il à la non-coopération de la justice ivoirienne.
Et ce n’est pas la visite éclair du secrétaire général de l’Élysée, le 3 octobre à Abidjan qui aurait bougé les lignes. Arrivé sur les bords de la Lagune Ebrié le même jour que le ministre Claude Gueant s’en était allé, le juge d’instruction français Patrick Ramaël ne se doutait pas que les magistrats ivoiriens lui refuseraient leur assistance.

Le juge français fut accueilli par le mutisme de l’Etat ivoirien qui affirme vouloir répondre du tic au tac aux agissements de leurs collègues français. Cette énième commission rogatoire buttera donc sur un refus de collaborer qui peut trouver un début de compréhension dans ces propos d’un magistrat ivoirien proche du dossier : « C’est une réponse du berger à la bergère. En août, des magistrats ivoiriens se sont déplacés à Paris pour exécuter une commission rogatoire visant à faire entendre deux officiels français [Nathalie Delapalme et Bruno Joubert, NDLR] dans le cadre de l’affaire Kieffer. Or le juge Ramaël a refusé de les assister : il les a nargués en leur demandant d’aller faire les soldes… »Œil pour œil, dent pour dent ?
Face à ce qui parait être une inertie des autorités judiciaires ivoiriennes le juge Ramaël opte pour une autre approche : proposer un compromis à savoir emporter le corps de Guy André Kieffer qu’il aurait localisé dans un cimetière de la banlieue d’Abidjan en échange de l’abandon de la poursuite des quatre prévenus, essentiellement des gardes de corps de l’ex chef d’Etat ivoirien Laurent Gbagbo. Mais ce deal proposé le 4 octobre n’est pas du coup des autorités ivoiriennes qui y voient un chantage .Il décline alors l’offre. De son côté, le 5 octobre, Rodrigue Dadié, l’avocat de l’ancienne première dame Simone Gbagbo dénonçait depuis la résidence du chef de l’État les méthodes cavalières du juge français. Raymond Tchimou, le procureur de la République près du tribunal de première instance d’Abidjan, a quant à lui accusé Patrick Ramaël de se comporter comme « un shérif dans un western ».Voilà la bataille qui est déclenchée !
Le dossier est donc au statut quo. La collaboration des juges Koffi Kouadio et Cissé Loceni, les deux magistrats de la partie ivoirienne est compromise pour des raisons non encore connues. Ils sont officiellement indisponibles. Quand au juge d’instruction Gnakadjé qui devrait nommer de nouveaux juges il reste incertain.
À Paris, la famille de Kieffer et l’avocat Xavier Ghelber accusent la présidence ivoirienne de faire obstacle à la manifestation de la vérité. « Cette volonté du pouvoir ivoirien d’entraver la recherche de la vérité montre qu’il a manifestement quelque chose à se reprocher », accuse Me Alexis Gublin, l’avocat de la famille Kieffer. « Le peu de coopération de la justice ivoirienne laisse penser qu’elle ne souhaite pas que la lumière soit faite sur cette affaire », déclare de son côté Me Lévy, qui représente Patrick Ghelber.

Le juge Ramael et ses proches repartiront donc bredouille d’Abidjan après un énième déplacement visiblement inutile. Encore un épisode de la saga judiciaire relative à la disparition de Guy André Kieffer. En attendant que le dossier ne connaisse un aboutissement, le juge Ramael aura appris que les séquelles du passé sont tenaces même après autant de temps et malgré le changement du climat politique! Ce bras de fer judiciaire cache t’il un bras de fer politique ?

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