Johann Rupert une autre vision du luxe

S’il est un homme sur terre qui fait peu parler de lui et pèse chacun de ses mots, c’est bien le très discret Johann Rupert.

Âgé aujourd’hui de 66 ans, à la tête de quelques-unes des plus belles marques de luxe du monde via le groupe Richemont. Il contrôle également les sites de e-commerce de luxe Yoox et Net-à-Porter. Un pied dans l’avenir, l’autre dans l’éternité. Quoique Le luxe, à force de se banaliser pour vendre, est-il encore éternel ? L’orage gronde, l’hiver semble venir ; après tant d’années (trop) fastes, les ventes de montres de luxe suisses s’effondrent, entraînant avec elles leur cortège de licenciements et de limogeages.

Fini les « grosses montres hamburgers »

C’est dans ce contexte tendu que Johann Rupert a choisi de se confier dans l’une de ses rares interviews accordées à la presse. Et ce qu’il dit, le regard qu’il porte sur le luxe dont il est pourtant l’un des hérauts, détonne, étonne. « Le luxe doit se faire plus discret ; fini le temps du bling, oubliez-le. La haine des riches va continuer à se répandre, et les gens ne voudront plus jeter leur bonne fortune au visage des autres, comme ils ont pu le faire par le passé. Les designers doivent commencer à entendre cela », avertit-il. Et son avertissement n’est, semble-t-il, pas nouveau : cela fait cinq ans qu’il demande à ses maisons d’horlogerie de laisser tomber les « grosses montres hamburgers », pour passer à « la finesse, à l’or blanc et au platine ». Le luxe, oui, mais pas ostentatoire.

«Notre société honore les mauvaises personnes»

Pour le chairman de Richemont, plus que de produits, le problème est d’abord une question de valeurs. Selon lui, « notre société honore les mauvaises personnes. Celles qui font le bien sont reléguées en dernière page des journaux. Et puis il y a ces footballeurs qui gagnent des millions. Ces designers de mode qui se tiennent au bout du podium après un défilé, ou ces femmes payées pour porter des tenues ridicules. Cela fait vraiment trembler, ce à quoi les gens sont prêts pour attirer l’attention. Où sont nos valeurs ? ».

Comment préserver l’exclusivité et l’authenticité quand on trouve plus de boutiques de luxe que d’épiceries, et qu’elles sont toutes identiques, dans chaque ville à travers le monde, telles de banales boutiques de mode franchisées dans la rue la plus commerçante d’un centre-ville de province ? « Nous avons eu beaucoup de chance et gagné beaucoup d’argent, reconnaît pour sa part Johann Rupert. Plus que nous l’aurions cru possible en vendant des produits de luxe. Mais ce n’est plus amusant d’aller sur Bond Street, Fifth Avenue ou Via Monte Napoleone, où les boutiques et les produits ont tous l’air pareil. Car tous les petits artisans indépendants ont été repoussés par les loyers des boutiques. Nous devons protéger leur gagne-pain. »

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