Kenya : la commission électorale dans de sales draps

par Joseph Amenan
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La Commission électorale kenyane est plus que jamais dans de sales draps.

Après avoir essuyé l’invalidation de l’élection présidentielle d’août dernier, elle croyait l’orage passé. Mais que non, les gros nuages noirs s’amoncèlent de plus bel pour faire abattre une tempête judiciaire sur ses membres.

La Cour Suprême a, en effet, demandé l’ouverture d’enquêtes judicaires à l’encontre de la commission électorale et de ses membres. L’offensive de la Cour Suprême n’est pas du goût de tout le monde.
Les Kenyans sont de plus en plus divisés à quelques semaines de la reprise de l’élection présidentielle. Les partisans du président sortant, Uhuru Kenyatta accusent la cour suprême de leur voler leur victoire. Quant aux partisans de Raila Odinga, l’instance suprême ne fait que rendre justice.

La commission électorale remise en cause

L’élection présidentielle kenyane a eu lieu le mardi 8 août 2017. Celle-ci avait vu la victoire d’Uhuru Kenyatta (54,27%) sur son rival Raila Odinga (44,74%), du moins c’est ce qu’avait proclamé la commission électorale kenyane. Quelques jours plus tard la cour suprême se prononce sur l’invalidité du scrutin au motif qu’il y a eu des irrégularités flagrantes. Ce faisant, elle prenait le contrepied des observateurs internationaux et surtout de la commission électorale indépendante. Par la suite la juridiction suprême a fixé la reprise du scrutin au 17 octobre puis au 26 du même mois. Ce désaveu de la commission électorale a été perçu comme le signe de l’indépendance et de l’intégrité de la Cour Suprême. En outre elle donnait raison à Raila Odinga qui avait vivement protesté après les résultats annoncés par cette commission.

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Le calice jusqu’à la lie

Après avoir été désapprouvée puis humiliée à la face du monde par la Cour Suprême, la commission électorale croyait le plus dur passé. Malheureusement, la Cour est revenue à la charge pour lui donner le coup de grâce. Hier dimanche 24 septembre, cette cour a mandaté la police et l’agence anti-corruption pour enquêter sur la commission électorale en raison des « irrégularités » et des actes « illégaux » constatés. Cette enquête portera non seulement sur la fraude organisée au sein de l’organe électorale, mais également sur l’intégrité même de ses membres comme l’avait préconisé Raila Odinga. Le juge Keriako Tobiko de la Cour Suprême donne un délai de 21 jours aux investigateurs, soit quelques jours avant la reprise de l’élection présidentielle. Les membres de la Commission Electorale sont désormais acculés jusqu’à leur dernier retranchement. Ce qui devait passer comme lettre à la poste est devenue un ennui judiciaire.

Un contexte qui prête aux inquiétudes

La Cour Suprême veut épingler les responsables de la forfaiture de l’élection présidentielle du 8 août. C’est une offensive justifiée car elle vise avant tout à établir la vérité sur des allégations bien fondées. Pourtant la Cour Suprême se met à dos une bonne partie des Kenyans, partisans du président sortant Uhuru Kenyatta. Ils estiment qu’on leur a volé leur victoire, ce qui est inquiétant pour l’avenir de ce pays. Au cas où Raila Odinga l’emportait le 26 août prochain, une vive contestation pourrait voir le jour. Quant à l’opposant Raila Odinga il demande plus que des enquêtes sur la commission électorale. Il pose comme condition de sa participation à l’élection du 26 octobre le remplacement d’une bonne partie des membres de celle-ci.
Nouveau coup dur pour la commission électorale qui devrait maintenant répondre de ses actes devant la justice kenyane si les suspicions se justifiaient. A présent que leur intégrité est entachée, il est improbable que les membres de cette commission soient reconduits pour le 26 octobre. Une configuration qui arrange Raila Odinga, soucieux de reprendre l’élection sur des bases équitables. La morale voudrait d’ailleurs qu’on ne reconduise pas une équipe dont le travail a été remis en cause.

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