Cameroun : Après la manifestation anglophone, place à la guerre des chiffres

La crise anglophone au Cameroun semble être à la croisée des chemins. Dimanche dernier, les manifestations dans les deux régions anglophones du pays ont montré la détermination de part et d’autre à aller jusqu’au bout.

Tandis que les séparatistes se radicalisent, l’Etat camerounais fait la sourde-oreille et sort le bâton de l’unité nationale.

Après la répression du 1er octobre, l’heure est à la guerre des chiffres. Le bilan n’est pas le même pour tous. Tout le monde est unanime pour reconnaître qu’il y a eu des morts et des blessés. Cependant tout le monde ne fait pas les mêmes comptes. L’on grossit les chiffres ou les diminue, c’est selon l’intérêt qu’on y trouve. Dans cet imbroglio mathématique, où est la part de vérité ?

Retour sur une répression sans précèdent

Le dimanche 1er octobre, la crise anglophone a connu son épisode le plus sanglant depuis le début de la contestation en fin d’année 2016. Les anglophones ont choisi la date du 1er octobre pour faire une proclamation symbolique de leur indépendance. Avant cette date, les leaders du nord-ouest et du sud-ouest avaient déjà ouvert une chaine de télévision, écrit un hymne national et crée un drapeau. Bien que l’Etat camerounais ait interdit les manifestations, les populations anglophones sont quand même sorties en masse pour revendiquer la sécession. C’est normalement qu’un bras de fer fut engagé entre manifestants et forces de l’ordre. Des dégâts importants ont été enregistrés, essentiellement des biens publics. Il s’agit des hôpitaux, des préfectures, des tribunaux…Il n’y a pas eu que des dégâts matériels, bien évidemment. Des vies humaines ont malheureusement été fauchées. Aux lendemains des violences, l’heure est aux bilans, des bilans contrastés.

Chacun avance ses chiffres

Aux lendemains de la manifestation du 1er octobre toutes les parties ont pris des calculettes ou du moins ont dressé des bilans très différents. Les organisations non gouvernementales (ONG) telles que Amnesty International recensent au moins 17 morts. Dans le même temps une autre organisation du nom de Réseau de défense des droits de l’homme en Afrique centrale (REDHAC) parle plutôt de 22 morts. Du côté du gouvernement camerounais, on revoie les chiffres à la baisse. En effet Yaoundé avance le chiffre de 11 victimes, bien en deçà de celui de REDHAC. Enfin selon l’opposition incarnée par le Social Démocratique Front (SDF), le bilan est bien plus catastrophique. Le leader du SDF, Ni John Fru Ndi évoque plus de 30 morts. Décidément les chiffres avancés sont très divergents. Et l’on ne pourrait plus que situer le nombre de morts en 11 et 30.

Les leaders anglophones veulent inviter la CPI dans les débats

Que les victimes soient au nombre de 11 ou de 30, force est de constater qu’il y a eu crimes. C’est pourquoi les ONG et certaines personnalités politiques sont montées au créneau pour dénoncer la barbarie et réclamer que lumière soit faite sur ces exactions. L’ONU, dans un communiqué publié le 3 octobre, a demandé aux autorités camerounaises de mener une enquête sur les incidents du 1er octobre. Pour le SDF et son leader Ni John Fru Ndi « Paul Biya doit être traduit devant la cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité ». De son côté, le gouvernement de Yaoundé appelle plutôt au dialogue sans conditions.
Au regard du bilan de la manifestation du 1er octobre, il est clair que la violence a pris l’ascenseur. Avec tous ces morts, les contestataires ne pourront que se radicaliser davantage, déjà qu’il y aurait une branche armée dans la région. Pour apaiser les tensions de cette crise, l’Etat doit diligenter une enquête et situer les responsabilités. Dans le même temps il faut souhaiter que le dialogue sans conditions du gouvernement aboutisse.

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