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Manifestations RDC : Le film d’un autre dimanche sanglant à Kinshasa

Le bras de fer entre le régime de Joseph Kabila et le Comité Laïc de Coordination n’est pas prêt de prendre fin. L’Eglise catholique, qui s’est investi d’une mission politique depuis quelques mois, entend bien ramener à la raison le président Joseph Kabila au pouvoir depuis la mort de son père, en janvier 2001.

Malgré quelques gestes de décrispation entrepris par lui, le pouvoir de Kinshasa ne voit pas son opposition lâcher du lest.

Ce dimanche 25 février aurait été tout aussi sanglant que les deux précédents. Au cours de cette marche, les manifestants ont été invités à se munir de bibles, croix et chapelets pour dire non aux nouvelles ambitions d’une ré-élections du président Joseph Kabila. Une fois de plus, les forces de l’ordre ont répondu présent à la marche des catholiques et de l’opposition en générale. Dans leur sillage, se trouvaient également les jeunes du parti au pouvoir, qu’on appelle les « Bérets rouges ».

Un dimanche meurtrière comme les précédents

Malgré le refus du gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, d’autoriser la marche de ce dimanche, les catholiques ont bien tenu leur parole. Après les jours saints du 31 décembre 2017 et du 21 janvier 2018, le Comité Laïc de Coordination a remis le couvert ce 25 février. Comme les autres marches, celle du dimanche visait à défendre le droit des Congolais et à demander la démission du président Kabila. Ce dernier voudrait briguer un 3e mandat constitutionnel (le 4e en tout) alors que les lois ne le lui permettraient pas. Samedi soir, certains fidèles étaient déjà réunis aux bords des cathédrales dont celle de Kinshasa. Comme l’on s’en doutait, les manifestants ont été accrochés par la police kinoise. Certains observateurs ont dénoncé une très forte répression qui aurait causé deux morts au total. Le porte-parole de la police nationale avait, pourtant, rassuré sur les antennes de la RTNC qu’il n’y a eu aucun mort. Les Nations Unies ont bel et bien confirmé les deux victimes en plus de 47 blessés et d’une centaine d’arrestations. Les marches ont été réprimées par des gaz lacrymogènes et des tirs à bout portant, comme le rapporte les organisations.

Dans les autres villes

Plusieurs marches ont été organisées dans d’autres grandes villes du pays à savoir Goma, Kisangani, Bukavu, Kananga ou encore Kikwit. A Kisangani, l’armée et la police auraient insensiblement employé des bâtons, des balles réelles et des gaz lacrymogène. Plusieurs personnes ont été interpellées par les forces de l’ordre dont trois prêtres. Dans les autres villes, la tension était palpable même si les protestations ont été, plus ou moins, contenues. L’on rapporte que les policiers ont molestés des prêtres et leurs paroissiens, parfois au sein même de leurs églises pour étouffer les velléités, à la racine.

Manifestants contre « Bérets rouges »

Cette 3e marche est marquée aussi par l’intervention des « Bérets rouges », la jeunesse du parti au pouvoir, le PPRD. Des jeunes du Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie, auraient investi des lieux de culte, sans y être invités. Cette association, parfois assimilée à une milice, a envahi la Cathédrale Notre Dame du Congo à Kinshasa. Par contre, ces jeunes auraient déguerpis les lieux, quelques minutes après leur arrivée tonitruante. Ils ne se sont pas entendus avec certains dignitaires du PPRD qui leur auraient promis 1000F par personne s’ils cafouillaient tout. Une vidéo, qui a vite fait le tour de la toile, les montraient d’ailleurs, protestant contre leur hiérarchie. Certains personnes assurent les avoir vus, après leur déception, prendre fait et cause pour les manifestants. Toutefois, quelques-uns d’entre eux, qui s’étaient égarés dans la foule, ont été tabassés par les protestataires.
Encore une fois, la marche de l’opposition, emmenée par l’Eglise, a été réprimée dans le sang, si l’on se fie aux rapports des Nations Unies. Au regard de l’attitude du pouvoir Kabiliste qui hausse le ton, en même temps que l’opposant, l’on est en droit de se demander jusqu’où iront les uns et les autres. Vu le cours des événements, la crise risque de s’enliser de plus bel. Pourtant les négociations du Réveillon 2017 avaient suscité une lueur d’espoir. Comme le pouvoir kinois a commencé de rudoyer les émissaires de l’Eglise, doit-on craindre de voir le Vatican s’impliquer personnellement dans cette crise ?

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