Monsanto : du glyphosate manipulé par des enfants dans les forêts ivoiriennes

par Kohan Kioshiko
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MONSANTO EN COTE D’IVOIRE – L’usage des pesticides dans les forêts ivoiriennes n’est pas un fait nouveau. Mais constater que des enfants manipulent sans la moindre protection ces herbicides suscite une vive inquiétude, eu égard des nombreuses condamnations dont fait l’objet la filiale de Bayer dans le monde.

En Afrique, l’usage du glyphosate continue toujours de diviser, même si la majorité des africains vantent les mérites du pesticide. Pourtant aux Etats-Unis, le roundup, l’un des produits phares de la filiale de Bayer désormais, a été condamné après avoir provoqué le cancer chez deux américains. Récemment en France, un agriculteur qui avait porté plainte contre la société de pesticide a remporté son procès devant le Tribunal de Lyon.

Faut-il s’inquiéter de la présence de Monsanto en Côte d’Ivoire à travers ses pesticides ? Aujourd’hui, il y’a toutes les raisons de s’inquiéter de l’utilisation du pesticide dans les plantations ivoiriennes, dans la mesure où ce sont des enfants qui ont recours au glyphosate dans les forêts. Dans un reportage exclusif de France 2, l’équipe d’Envoyé Spécial a mené des investigations sur le travail des enfants dans les plantations de cacao, l’une des principales mannes financières de la Côte d’Ivoire. Dans ce reportage qui donne froid dans le dos, Franceinfo révèle entre ses lignes : «Dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, les journalistes d’Envoyé Spécial croisent de nombreux enfants avec des pulvérisateurs sur le dos. Quel est le produit qu’ils pulvérisent ? « Tête rouge », répond un enfant. Rouge, c’est juste la couleur du bouchon. Ce produit est vendu partout à la lisière de la forêt. Il n’y a pas le nom de l’herbicide sur la bouteille». Plus intriguant dans ce reportage d’Envoyé Spécial, les ouvriers et enfants ayant recours au glyphosate qu’ils ont baptisé ‘‘tête rouge’’, manipulent les pesticides de Monsanto sans la moindre protection, ignorant même pour certains les dangers auxquels ils sont potentiellement exposés avec les herbicides : «Que c’est dangereux, que ça peut tuer, on ne nous a jamais dit ça. On sait qu’il faut se protéger avant de pomper, mais comme on n’a pas de protections, on est obligés de pomper comme ça», explique un ouvrier interrogé dans le reportage d’Envoyé Spécial. Pourtant, ce ne sont pas des exemples de condamnation de Monsanto qui manquent. La dernière en date remonte à début avril 2019, un procès qui opposait depuis une quinzaine d’années Monsanto à un agriculteur français. Le tribunal correctionnel de Lyon a récemment confirmé que la filiale de Bayer était responsable de l’intoxication de Paul François, agriculteur charentais intoxiqué en 2004 au Lasso. L’avocat de Monsanto avait durant tout le procès pointé du doigt une erreur de manipulation de son produit retiré du marché depuis des années.

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Le glyphosate fait son chemin en Afrique

Troisième producteur de coton sur le continent africain, le Bénin fait partie de ces pays africains qui vantent encore les mérites du glyphosate : «Les producteurs de coton sont en mesure d’augmenter les surfaces de culture, traiter efficacement le coton et déployant moins d’efforts», indiquait l’année dernière le ministre béninois de l’agriculture. Le pays a même reçu pour sa campagne 2018-2019 un important don de 900 000 de pesticides. A l’instar du Bénin, le Faso, deuxième producteur de coton en Afrique, vante aussi les mérites du glyphosate : «Le glyphosate présente l’avantage d’être non sélectif, c’est un herbicide à large spectre qui permet de tuer tous les végétaux qui ne sont pas désirés. À la différence des herbicides sélectifs qu’on utilise selon les familles d’adventices. Il a aussi un caractère systémique, quand vous l’appliquez, il pénètre dans la plante, une fois pour de bon, peu importe les intempéries», a révélé Sylvain Ouedraogo, un expert du Faso dans l’usage des fertilisants.

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