Présidentielle 2020 : la stratégie gagnante de Mabri Toikeusse

Election en Côte d’Ivoire – La désignation d’Amadou Gon Coulibaly comme candidat du RHDP à la prochaine élection présidentielle ivoirienne a suscité des réactions mitigées au sein même de la coalition au pouvoir. Si de nombreux cadres et ministres de la formation houphouëtiste ont approuvé le choix du premier ministre ivoirien, on ne peut en dire autant d’Albert Mabri Toikeusse, président de l’UDPCI et second Vice-président du parti unifié. Après avoir longtemps occupé le poste de ministre de l’enseignement supérieur, Mabri a été évincé du gouvernement il y’a environ une semaine.

Après son éviction du gouvernement, Mabri Toikeusse a-t-il encore une carte à la prochaine élection présidentielle ivoirienne prévue pour octobre 2020 ? A en croire certains, l’ancien ministre de l’enseignement supérieur aurait dû démissionner du gouvernement bien avant son éviction annoncée la semaine dernière par le secrétaire général de la présidence, Patrick Achi. A la faveur de ce remaniement ministériel, Albert Flindé, un autre cadre de l’UDPCI, fervent partisans du parti unifié Rhdp, s’est vu accorder une nouvelle promotion. Contrairement à la majorité des cadres du parti unifié, Mabri Toikeusse avait émis quelques réserves sur la désignation d’Amadou Gon Coulibaly comme successeur naturel de Ouattara Alassane à la prochaine élection présidentielle. Concernant son avenir politique, le président de l’UDPCI joue pour l’heure sur la discrétion. Aucune réaction particulière annonçant un possible départ pour l’opposition, encore moins une candidature indépendante à la présidentielle d’octobre 2020. Pour Jean Bonin, ce qui semblerait être l’isolement de Mabri au parti unifié serait en réalité une stratégie politique soigneusement élaborée par le président de l’Udpci avant la tenue de ce scrutin très attendu.

Le départ de Mabri Toikeusse du gouvernement a suscité diverses réactions dans la presse. Contrairement à ceux qui penseraient que tout serait perdu pour le patron de l’Udpci en dépit de son limogeage du gouvernement, le juriste Jean Bonin répond par la négative. Selon le Pro-Affi, l’ancien ministre de l’enseignement supérieur miserait sur une stratégie gagnante gagnante de son parti à la faveur de la prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire : «Le président Affi Nguessan le dit souvent “la politique est un jeu mais pas un amusement”. Dans ce jeu politique, seuls ceux qui sont capables d’anticipation peuvent arriver à tirer leur épingle du jeu.  Actuellement, la meilleure posture politique qui sied à Mabri c’est d’être à équidistance du RHDP et même de toute alliance politique.  En effet, en octobre 2020 il y aura, sauf cataclysme ou fraude massive, un deuxième tour. Dès lors, s’il se présente à la présidentielle, quelque soit le score qu’il fera, Mabri sera courtisé par les deux candidats arrivés au second tour.  Au minimum, il pourra donc négocier en contrepartie de son soutien à l’un des candidats arrivés au 2eme tour au moins un poste ministériel ou au maximum la présidence d’une institution de la république. Ce n’est pas rien.  En un mot, comme en mille, dans 5 petits mois, Mabri sera au pouvoir ou dans le pouvoir. Cet acquis, un soutien à la candidature de AGC ne le lui garantissait pas.  En terme de stratégie politique, sortir maintenant du gouvernement est donc l’assurance qu’il sera membre du futur gouvernement post électoral, quel qu’il soit.  On peut donc estimer que son départ actuel du gouvernement n’est qu’un au revoir, à bientôt», explique le juriste ivoirien.

Mabri au conseil économique et social ?

«Il faut attendre les prochains jours pour savoir si Mabri a été limogé donc sanctionné ou si on le prépare à une promotion au Conseil économique.», étayait le journaliste ivoirien André Silver Konan. Lors de la cérémonie de passation de charge, Mabri Toikeusse n’a pas manqué de témoigner sa gratitude au président Ouattara : «J’ai passé ce matin les charges du Ministère de l’enseignement supérieur et de la Recherche Scientifique, au tout nouveau Ministre, mon frère, Prof Diawara Adama. Je réitère ma gratitude au Chef de l’État, S.E.M Alassane Ouattara pour la confiance placée en moi. Je souhaite plein succès à mon successeur».

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