Afrique du Sud : Jacob Zuma condamné à 15 mois de prison pour outrage à la justice

La Cour constitutionnelle sud-africaine a condamné mardi Jacob Zuma à 15 mois de prison pour outrage à la justice. L’ancien président a refusé de comparaître devant une commission anti-corruption.

Il a maintenant cinq jours pour se présenter aux autorités.

La Cour constitutionnelle sud-africaine a condamné, mardi 29 juin, Jacob Zuma à 15 mois de prison pour outrage à la justice. L’ancien président, 79 ans, a refusé de comparaître devant une commission anticorruption. Il est poursuivi dans plusieurs affaires de détournement et blanchiment d’argent. Il doit notamment répondre de seize chefs d’accusation de fraude, de corruption et de racket. L’un d’entre eux concerne l’affaire de pots-de-vin du groupe français Thalès, il y a plus de 20 ans. A l’époque, le dirigeant était vice-président.

En 2018, une commission a été mise en place pour enquêter sur la corruption généralisée pendant ses neuf années au pouvoir. L’ironie du sort c’est que l’initiative vient de M. Zuma lui-même. Il voulait sans doute montrer qu’il n’avait rien à se reprocher. Mais c’est raté ! Malheureusement il n’eut pas les résultats escomptés. Bien au contraire, il avait été poussé à la démission en 2018 face à tous ces scandales. Il avait été remplacé par l’actuel président, Cyril Ramaphosa, qui a promis de lutte contre la corruption avec la dernière énergie.

Des audiences boycottées

La peine de mardi ne concerne pas directement ces affaires de fraude, de corruption et de racket. Celles-ci sont encore en instance de jugement. L’ancien président a été plutôt jugé pour avoir refusé d’obéir à la justice et de se présenter devant cette commission anti-corruption. La Cour constitutionnelle avait décidé en janvier dernier que Zuma devait répondre aux questions de cette instance dirigée par le juge en chef adjoint Raymond Zondo. Mais, le mis en cause a pointé la partialité du tribunal et boycotté une audience un mois plus tard. Il ne s’était pas présenté à une énième convocation, fin de février. La commission avait alors réclamé une condamnation à deux ans de prison.

L’accusé invité à fixer sa propre peine

Cette fois ci, l’ancien chef d’Etat avait ignoré la commission, ainsi qu’une décision rendue en janvier par la Cour. Celle-ci l’obligeait à comparaître et le privait du droit à garder le silence. Face à toutes ses manœuvres, la commission a estimé, lors d’une audience virtuelle en mars 2021, que la question n’était plus de savoir si l’ex-président devait aller en prison, mais combien de temps il devait y rester. Elle lui a donc demandé de déterminer lui-même la sanction appropriée, en prévision de l’audience de ce mardi. Depuis le début de la procédure, Jacob Zuma n’a témoigné qu’une seule fois devant la commission anti-corruption. C’était en juillet 2019. Mais, il avait rapidement claqué la porte, se plaignant d’être traité comme un « accusé ».

Un verdict à la majorité des membres de la Cour

Jacob Zuma a déclaré, à plusieurs reprises, qu’il préférait la prison plutôt que de se présenter devant les juges. « La Cour constitutionnelle n’a pas d’autre choix que de conclure que M. Zuma est coupable d’outrage à la justice », a indiqué ce mardi, la juge Sisi Khampepe avant l’énoncé de la sentence. « Ce genre de réticence et de défi est illégal et sera puni (…) Je n’ai pas d’autre choix que d’emprisonner M. Zuma, dans l’espoir que cela envoie un message sans équivoque (…) L’Etat de droit et l’administration de la justice prévalent », a ajouté la magistrate.

Selon Mme Khampepe, l’autorité et la légitimité de sa Cour n’ont jamais été autant sujettes à des attaques et des menaces que dans cette affaire. « Nous n’avons pas d’autres choix que de le juger coupable. », a-t-elle insisté. La plus haute juridiction sud-africaine a rendu ce verdict à la majorité de ses membres.

Retranché dans sa résidence principale Jakob Zuma était absent au tribunal pour la décision de mardi. Qu’importe ! La juge lui a donné cinq jours pour se présenter aux autorités. Dans le cas où il ne le ferait pas, la Cour a instruit la police de prendre « toutes les mesures nécessaires » pour qu’il soit envoyé dans une prison afin de purger sa peine. Actuellement, M. Zuma se barricade dans sa résidence de Nkandla, dans le Kwazulu Natal. Il compte sans doute sur les nombreux militants qu’il a encore au sein de l’ANC (African national congress ou Congrès national africain en français), le parti au pouvoir. Sans surprise, ceux-ci devraient se mobiliser d’ici à dimanche pour empêcher son arrestation. Chaude journée dominicale en perspective donc !

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