Alassane Ouattara dans le viseur des Maliens

Alors qu’il n’est pas le président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO, Alassane Ouattara est accusé par les Maliens d’être l’instigateur des sanctions contre leur pays.

À l’origine de ces soupçons se trouvent l’influence d’Abidjan dans la sous-région et la subordination du président ivoirien vis-à-vis de son homologue français Emmanuel Macron.

En réponse à la volonté de la junte malienne de vouloir prolonger la transition, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a pris des sanctions contre le Mali le dimanche 9 janvier 2022. C’était à l’occasion d’un sommet extraordinaire de l’organisation sous-régionale à Accra (Ghana), sur la situation sociopolitique dans ce pays. La CEDEAO a notamment décidé de fermer ses frontières avec le Mali, de retirer les ambassadeurs de tous ses pays membres, de geler les avoirs maliens au sein de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et de suspendre les transactions avec Bamako. Cette dernière sanction ne concerne pas les produits médicaux et les produits de première nécessité.

Une importante communauté malienne en Côte d’Ivoire

Le gouvernement malien a condamné ces sanctions qu’il qualifie d’ « illégales » et d’« illégitimes ». Quant au peuple, il les juge extrêmement sévères car pouvant mettre à genou une économie déjà fragile. En effet, celle-ci dépend en grande partie de l’aide internationale, mais également des transferts de la diaspora, qui représentent environ 7 % du PIB national. La plupart de ces transferts proviennent de la France et de la Côte d’Ivoire, où vit une forte communauté malienne. Cette dernière compte officiellement 3 millions d’individus. Ces expatriés envoient régulièrement de l’argent au pays. La suspension des transactions risquent ainsi de nuire à de nombreuses familles. Il y a aussi le cas des commerçants et transporteurs qui traversent chaque jour la frontière de part et d’autre. Une fermeture des frontières les pénaliserait grandement.

Alassane Ouattara, véritable président de la CEDEAO ?

Evidemment, les conséquences potentielles des mesures de la CEDEAO provoquent la colère des Maliens. Une colère dirigée contre les présidents de la sous-région, considérés comme des marionnettes de la France. Elle vise particulièrement Alassane Ouattara, grand ami d’Emmanuel Macron devant l’Eternel. Une très grande majorité de la population malienne accuse le président ivoirien d’être à l’origine des sanctions de la CEDEAO. Pourtant, l’ancien fonctionnaire du FMI n’est pas le président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO. Ce poste est occupé par le président du Ghana Nana Akufo-addo depuis plus d’un an maintenant.

Alassane Ouattara a des moyens de pression

Les Maliens pensent qu’Alassane Ouattara est assez puissant pour imposer ses volontés aux autres présidents. Pourquoi ? D’une part parce que la Côte d’Ivoire est la deuxième puissance sous-régionale, après le Nigeria. Abidjan dispose ainsi d’importants leviers économiques pour faire plier les autres Etats. Il y a notamment l’électricité qu’il fournit à certains pays voisins. D’autre part parce que la Côte d’Ivoire a une diplomatie puissante, plus que celle du Nigeria. Cette position vient de l’affairisme d’Alassane Ouattara et sa soumission, presque servile, à Paris, qui le lui rend bien à travers des privilèges et une certaine bienveillance…Comme avec le 3e mandat anticonstitutionnel. Alassane Ouattara utiliserait donc ce « potentat » pour régler ses comptes avec ses adversaires politiques. Certains Maliens pensent qu’il en veut terriblement à Assimi Goita pour avoir sauté son ami Ibrahim Boubacar Keita. Le président ivoirien combinerait aussi ce sentiment morbide avec la volonté de faire plaisir à Emmanuel Macron, son « parrain ».

Les Maliens, autrefois grands soutiens d’Alassane Ouattara

Les Maliens n’hésitent donc plus à faire porter le chapeau des sanctions à Alassane Ouattara, qui se prendrait pour un démocrate.  Ils lui rappellent à juste titre qu’il est mal placé pour faire la leçon à la junte malienne. Lui l’adepte des coups d’Etat, rébellion et maintenant des viols constitutionnels… L’amertume est d’autant grande chez certains Maliens qu’ils ont soutenu Alassane Ouattara et l’ont porté au pouvoir en Côte d’Ivoire, au péril de leur vie. Pour ces binationaux, le chef de l’Etat ivoirien est un homme ingrat et égocentrique. Ils regrettent maintenant leur opposition à Laurent Gbagbo, qui aurait eu raison tout ce temps.

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