L’Union Africaine suspend le Soudan et exige un civil pour conduire la transition

par Kohan Kioshiko
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CRISE AU SOUDAN – Malgré la chute d’Omar El Bechir il y’a environ deux mois, la contestation fait toujours rage dans ce pays, car la population s’oppose à l’idée d’une transition conduite par la junte militaire au pouvoir. Face à la violente répression des récentes manifestations, l’Union Africaine a décidé de suspendre le pays de l’ensemble de ses activités, et demande également la nomination d’une autorité civile à la tête de la transition.

Le Soudan s’expose déjà aux premières sanctions de l’Union Africaine, deux mois après la destitution d’Omar El-Bechir par l’armée suite à des contestations sociales qui ont démarré en décembre dernier. Après la chute de l’ancien président, l’UA avait demandé aux militaires de transférer le pouvoir dans un délai à des civils pour l’organisation d’élections démocratiques et transparentes. Mais la junte qui a pris le pouvoir depuis le 15 avril dernier n’entend pas rester en marge de ce processus, malgré le refus des figures de l’opposition et du peuple soudanais. Les manifestations devant le QG de l’armée soudanaise ont donc continué malgré la destitution de Béchir, des manifestations qui ont été violemment réprimées en debut de semaine. Selon le conseil des médecins soudanais, 108 personnes ont été tuées dans la répression sanglante des marches contre la junte, une situation qui a exposé la junte à des sanctions de l’Union Africaine.

Réuni il y’a un peu plus de 24h, le conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine a décidé de «suspendre, avec effet immédiat, la participation de la République du Soudan à toutes les activités de l’UA jusqu’à la création effective d’une Autorité de transition dirigée par des civils, seule solution pour permettre au Soudan de sortir de la crise actuelle». Félicitée pour avoir pris ses responsabilités en mettant aux arrêts Omar El-Béchir, la junte militaire au Soudan est depuis plus d’un mois engagée dans un bras de fer avec la contestation. La raison, les militaires souhaitent conduire la transition au Soudan, une idée à laquelle s’oppose les soudanais, et même la classe politique. Pour tenter de faire plier la junte, les civils ont organisé de nombreuses manifestations à Khartoum, le cœur de la révolution, mais aussi devant le QG de l’armée. La répression des manifestations au Soudan a fait plus de 100 morts selon un bilan dévoilé par le conseil des médecins soudanais, une association proche de la contestation. Mais ce bilan a été démentie par la junte dans une annonce à la télévision nationale, arguant que le nombre de morts n’excède pas 46. Face à la dégradation de la situation au Soudan, l’Union Africaine a donc décidé de frapper la junte au pouvoir par des sanctions. La suspension du Soudan aux activités de l’UA n’est qu’une première sanction parmi tant d’autres à suivre. Dans son communiqué, l’UA prévient que «Si le Conseil militaire de transition échoue à transmettre le pouvoir à une Autorité de transition dirigée par des civils, le Conseil imposera automatiquement, sans autre délai, des mesures punitives aux personnes et entités entravant la création de l’Autorité de transition dirigée par des civils».

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Une commission de l’Union Africaine au Soudan

Une commission de l’Union Africaine, dirigée par le premier ministre éthiopien, se rendra bientôt au Soudan. En plus des 108 annoncés par le conseil des médecins, un membre de cette instance a révélé que des cas de viol avaient eu lieu lors de la violente répression des manifestations : «Nous avons pu confirmer au moins trois ou quatre cas de viols lors de la journée de lundi. Depuis, nous ne savons pas trop car l’Internet a été coupé…De toute façon, les cas de viols sont rarement rapportés aux médecins, à moins que la personne n’ait été sérieusement blessée, car le viol est tabou dans ce pays».

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