in

Michel Gbagbo

Présentation de la biographie de Michel Gbagbo, un fils qui marche dans les pas de son père. Michel Gbagbo est un enseignant chercheur en faculté de criminologie à l’Université d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Cet enseignant en psychologie est aussi un écrivain et poète qui a, à son actif, quelques cinq ouvrages dont deux recueils de poème.

Mais, peu de personnes connaissent sa vie professionnelle et artistique car Michel Gbagbo c’est avant tout le fils de l’ancien président de la Côte d’Ivoire. De fait, il est connu pour être la progéniture de Laurent Gbagbo aujourd’hui emprisonné à la Haye pour crimes contre l’Humanité lors de la crise post-électorale de 2010. Cette proximité avec son père est, en grande partie, à l’origine de tous ses déboires actuels. Il vient d’ailleurs d’écoper d’un mois de prison ferme pour avoir tenu des allégations à propos des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Comme son père, Michel Gbagbo est en train d’emprunter le chemin rocailleux de l’opposant historique de Côte d’Ivoire.
Michel Gbagbo semble marcher dans les pas de son père, ancien président de la Côte d’Ivoire et célèbre opposant à Houphouët Boigny. Michel Gbagbo avait pourtant tout le loisir pour mener une paisible vie de professeur d’université. Pourtant, l’appel de la politique est plus fort que celui de l’université. Pour comprendre cette orientation, il faudra peut-être plonger dans l’enfance et la jeunesse de l’enseignant. Ayant grandi dans un univers fortement imprégné par la politique, Michel Gbagbo n’a pas eu d’autres choix que de suivre la voie qui était toute tracée pour lui. Les effets pervers de la politique l’ont un temps ébranlé mais n’ont pas eu raison de son entêtement et de sa conviction. Maintenant, plus que jamais, Michel Gbagbo semble s’être décidé à marcher dans les pas de papa quitte à passer par la case prison. Il nous faut voir maintenant toute la vie et la carrière de Michel Gbagbo, objet de consolation, malgré lui, de quelques militants FPI, nostalgiques de son père.

Sommaire :

Enfance et jeunesse dans un univers de syndicalistes

Michel Gbagbo est né le 24 septembre 1969 à Lyon en France de Laurent Koudou Gbagbo et de Jacqueline Chamois, une française. Par sa naissance il possède donc la double nationalité ivoirienne et française. Il est le fils aîné de l’opposant historique d’Houphouët Boigny et grand amoureux d’histoire africaine et bété, son ethnie d’origine. Pourtant Michel Gbagbo ne connaîtrait pas un seul mot de la langue bété de son père. De fait, il passe la majeure partie de son enfance entre la France et la Côte d’ Ivoire. En France il est trop noir et en Côte d’Ivoire il est trop blanc, comme la plus part des binationaux métis. Malgré l’attachement très prononcé de son père pour la culture bété le fils, dit-on, n’a jamais passé les vacances dans son village natal. Ce paradoxe a fait que Michel Gbagbo n’est pas trop connu des Ivoiriens et même de ses parents bété. Le professeur de psychologie est totalement déboussolé voire déraciné. Jusqu’aujourd’hui, il est à peine considéré comme un bété par les siens. Seul son patronyme lui confèrerait encore un semblant de bété. La faute sans doute à ses parents qui l’éloignent très tôt de son pays natal. En effet, Michel Gbagbo passe la plus grande partie de son enfance en France, loin de ses racines. Il fait ses études à Paris et y milite pour la cause ouvrière comme son père. Baigné par le socialisme et les idées de gauche, Michel Gbagbo se trouve des sympathies pour les mouvements populaires. Son père avait fondé dans les années 1970, le Front Populaire Ivoirien, le seul parti d’opposition qui donnait quelques soucis à Félix Houphouët Boigny après l’épisode Kragbe Gnagbe. Ainsi, quand il rentre au pays pour y poursuivre ses études, il intègre tout naturellement la FESCI, Fédération Estudiantine de Côte d’Ivoire, un syndicat estudiantin très proche du parti de son père. Lors des manifestations estudiantines du début des années 1990, il est arrêté puis emprisonné pour flagrant délit de destructions de biens d’autrui sur la voie publique. Il sera jeté en prison en même temps que son père, alors désigné comme grand responsable devant l’éternel des troubles dans le pays. Le régime PDCI les libèrera quelques temps après avec des dizaines d’autres membres de la FESCI. Sorti de prison, il poursuit ses études là où il les avait laissées. Mais le destin est implacable et en 1997 il reprend le chemin de la lutte politique. Cette année-là, il intègre la JFPI, la jeunesse du parti de Laurent Gbagbo. Mais pour des raisons économiques et politiques, il retourne en France poursuive ses études. Dans le même temps, son père mène la lutte sur le terrain dans le Front Républicain avec Alassane Dramane Ouattara. C’est en 2000 que Michel Gbagbo retourne au pays, lorsque son père est élu à la présidentielle contre le Général putschiste Robert Guei.

Carrière professionnelle de Michel Gbagbo

La carrière professionnelle de Michel Gbagbo commence véritablement à l’accession de son père à la magistrature suprême. Avant cela, il n’était qu’un syndicaliste et politicien de second rang du parti de son père. En octobre 2000, il serait rentré au pays comme un homme quelconque. Diabaté Bê, un proche de son père confiera qu’il se serait rendu en guenilles à l’investiture de son père s’il n’avait emprunté des habits. Selon ce dernier, sa garde-robe n’était composée que de jeans et de vêtements élimés. Il aurait donc emprunté un pantalon à son père, puis un deuxième et les aurait superposés afin que le tout soit parfaitement ajusté. Mais avec les nouvelles fonctions de son père, l’aîné de la famille prend un peu plus d’embonpoint. En 2002 il fonde, avec des amis, le cabinet Ivoire Kompetence qu’il dirige jusqu’en 2006. Cette année, il reprend ses études et en 2007, il soutient une thèse de la psychopathologie de la vie sociale. Après sa thèse, il devient professeur à l’université d’Abidjan Cocody. Il perçoit alors 800.000 francs comme salaire, ce qui lui permet de se démarquer davantage de sa figure de fils au président. De fait, à l’université il ne passe pas inaperçu et est très suivi quand il donne des cours de psychologie. Ses étudiants auraient eu une certaine admiration pour lui, pas seulement pour ses cours magistraux, mais aussi pour son patronyme. Dans le prolongement de son professorat, le franco-ivoirien s’adonne à la rédaction d’œuvre littéraire, principalement de poésie. Dans le même temps, il continue à s’investir dans les activités associatives. Il est sénateur de la Jeune Chambre Internationale sous le numéro 66445 et se fait nommer président de l’Association Ivoirienne pour l’Amitié entre les peuples, l’AIAP. A l’époque, il occupera aussi la fonction de directeur de la formation, de la communication et de la sensibilisation au Comité Nationale de Pilotage du Redéploiement de l’Administration, le CNPRA.

Michel Gbagbo sous le règne de son père

Tout le temps que dura le règne de son père, Michel Gbagbo est demeuré dans l’ombre total. Quasiment effacé, il ne s’est véritablement révélé qu’en 2011, au cours d’une malheureuse circonstance. En octobre 2000, quand son père accède à la présidence, on ne le voit presque pas dans le cercle immédiat du pouvoir. Jamais consulté par les caciques du pouvoir, il n’allait pas aux réunions du parti. Quelques mauvaises langues ont vite fait d’y voir l’œuvre de Simone Gbagbo, la deuxième épouse de son père. En tout cas, même s’il est à la périphérie du pouvoir de son père Laurent Gbagbo, Michel Gbagbo aurait jouit des largesses de celui-ci. Fort de la nouvelle position du « vieux », le fils aurait manœuvré pour se tailler une bonne place au soleil. Ainsi, il a monté une société de conseil et a pris ses aises à l’Université de Cocody à Abidjan. Le jeune franco-ivoirien ne se mêlait pas encore de politique, ou du moins officiellement. Pendant la première décennie de 2000, il a décidé de rester à Abidjan pour donner des cours de psychologie à la faculté de criminologie d’Abidjan. A ses heures perdues, il s’était consacré à la rédaction d’œuvres littéraires et d’ouvrages de psychologie. Ainsi écrit-il les recueils de poèmes Confidence en 2006 et les Souillons en 2010. Outre la littérature, Michel Gbagbo rédige des ouvrages de psychologie et de réflexions politiques. Il a écrit entre autres, Côte d’Ivoire : Un air de changement et le traité de psychologie Réintégration sociale des personnes ayant souffert de maladie mentale en 2009 et Des paroles de Côte d’Ivoire pour Haïti, notre devoir de solidarité en 2010. Pendant les dix années qu’aura duré le pouvoir de son père, Michel Gbagbo est resté dans l’antichambre de la politique, comme dépassé par les enjeux qui avaient cours. A sa place, des fils « politiques » comme Blé Goudé s’appropriaient une grosse part de sympathie dans le cœur de son père.

Ses obstacles avec le nouveau pouvoir d’Abidjan

Arrêté en même temps que son père en avril 2011, Michel Gbagbo est rentré, malgré lui, dans la liste des personnalités indésirables du nouveau régime. C’est après cette arrestation que la majorité des Ivoiriens découvrent enfin le fils aîné de Laurent Gbagbo. Quand il est fait prisonnier par les forces armées d’Alassane Ouattara, il est conduit au Golf Hôtel en même temps que tous les membres de sa famille et quelques proches de son père. Sur le chemin du Golf Hôtel et sur les lieux, il aurait été battu à sang par les forces républicaines de Côte d’Ivoire (nouvelle appellation des forces rebelles). Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux l’on le voyait, malmené par des militaires des forces républicaines. Torse nu et ensanglanté il aurait crié : « Ne me tuez pas ! » selon les partisans d’Alassane Ouattara, nombreux ce jour-là au Golf Hôtel pour admirer la défaite de Laurent Gbagbo et de son épouse Simone. Le professeur de psychologie avouera lui-même, plus tard, qu’il craignait pour sa vie à cet instant-là. Heureusement il a eu la vie sauve, mais il a été déporté au nord-est de la Côte d’Ivoire, à Bouna, une ville située à 600 Km d’Abidjan. Là-bas, il est retenu prisonnier avec d’autres sympathisants du FPI comme Pascal Affi N’guessan, Gnamien Yao, Bollou Bi Toto, Diabaté Bê ou Serge Boguhé. Dans une vidéo publiée sur internet en juillet 2011, on le voit en compagnie de ses camarades, écouter un discours accusateur du commandant Morou Ouattara. A la suite de ce sermon, il est sommé de faire des pompes. Il s’exécute et la vidéo fait le tour du net. La toile est scandalisée et l’Onuci dénonce de mauvaises conditions d’incarcération et des traitements inhumains et dégradants. A sa sortie de prison, Michel Gbagbo porte plainte en France contre Soro Guillaume et tous les commandants de zone comme Morou Ouattara (frère cadet du commandant Issiaka Ouattara) pour enlèvement, séquestration et traitements inhumains et dégradants. A sa sortie de prison, le fils de Laurent Gbagbo ne rentre pas dans les rangs pour autant, comme le pouvoir d’Abidjan le souhaitait. Il poursuit ardemment son combat politique et s’attire bientôt les foudres du régime ivoirien. En 2015, il est condamné à cinq ans de prison pour troubles à l’ordre public. En 2016, le président de la République Alassane Dramane Ouattara affirme sur les antennes de France 24 qu’il n’y a pas de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Quelques jours plus tard, au cours d’un entretien accordé au site d’informations Koaci.com, Michel Gbagbo a affirmé qu’il y a bel et bien des prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. Le pouvoir le fait immédiatement arrêter pour « divulgation de fausses nouvelles ». Le directeur du site Koaci.com, Mr Laurent Despas sera poursuivi en même temps que lui pour les mêmes faits. C’est le samedi 13 janvier dernier que Michel Gbagbo a été finalement jugé puis condamné à un mois de prison ferme. Quant au délibéré, il a été fixé au vendredi 26 janvier prochain. Malgré les chefs d’accusation retenus contre lui, Michel Gbagbo continue de dire qu’il est victime d’un délit de patronyme. Pour lui, c’est parce qu’il porte le nom Gbagbo qu’il est ainsi traité. Il ne bénéficierait même pas de l’aide de l’Etat français alors qu’il a la double nationalité et est français de mère. « On m’appelle l’héritier, mais tout cela n’est qu’un accident biologique. » a-t-il déclaré dans les médias. En tout cas, le nom qu’il porte pèse fortement sur lui, que ce soit en bien ou en mal.

Michel Gbagbo : cristallisation et projection fantasmatique

La personnalité de Michel Gbagbo est, à souhait, associée à celle du père Laurent Gbagbo, actuellement emprisonné à la Haye pour crimes contre l’Humanité durant la crise post-électorale. Jusqu’en 2010, Michel Koudou Gbagbo était presqu’inconnu de la plus part des Ivoiriens. Même les militants les plus radicaux du Front Populaire Ivoirien ne savaient pas grande chose du premier enfant de leur leader. Longtemps inconnu des sympathisants de son géniteur, Michel Gbagbo apparaitra aux Ivoiriens, pour la première fois, sur les écrans de la Radio Télévision-diffusion ivoirienne le 11 avril 2011, alors que Laurent Gbagbo était arrêté par les forces fidèles à Alassane Ouattara. Depuis, l’on ne parle plus de lui que comme le digne héritier de son père. Quoique timide derrière ses lunettes de docte professeur d’université, Michel Gbagbo est poussé au-devant de l’histoire. Malgré lui, il doit assumer le poids de l’histoire que porte son nom. Comme pour assumer les nouvelles responsabilités que les « orphelins » de son père veulent lui conférer, Michel Gbagbo apparait de plus en plus aux réunions du Front Populaire Ivoirien (FPI). En effet, il se rend régulièrement aux meetings du FPI, s’assoie parmi les dignitaires et s’octroie une place de choix dans la hiérarchie du parti. Partout où il passe, il suscite la curiosité à tel point qu’il ne peut plus esquiver le chemin tout tracé pour lui. En octobre 2017, quand il s’est rendu dans un kiosque d’Abidjan pour prendre tranquillement son petit café, les riverains avaient accouru pour voir le « sang et la chair » du prisonnier de la Haye. « Je n’y suis pour rien, quand ils me voient, ils ont l’impression de voir un petit bout de Gbagbo. ». Effectivement c’est le sentiment de beaucoup de pro-Gbagbo. Michel Gbagbo passe pour être une image consolatrice de leur leader. C’est comme si Laurent Gbagbo était de retour, mais en plus jeune. Ce fantasme a fait naître une sympathie militante pour Michel Gbagbo. Cette vague d’admiration ne serait pas bien vue par certains cadres du FPI, trop soucieux de prendre la place du père. Un de ses détracteurs auraient même soutenu ceci : « Ce n’est pas parce qu’un père est champion olympique d’athlétisme que son fils pourra courir les 100 mètres en moins de dix secondes. ». Du point de vue historique, ces propos ne sont pas dénués de sens, mais il est facile d’y déceler une certaine raillerie. Malgré ces premières oppositions, Michel Gbagbo est perçu comme un médiateur entre les tendances FPI d’Aboudramane Sangaré et d’Affi N’guessan. Cependant, Michel Gbagbo serait plus proche d’Aboudramane Sangaré que d’Affi N’guessan comme son père le serait d’ailleurs. Il se raconte même que Michel Gbagbo est aujourd’hui l’homme en qui son père a le plus confiance parmi les membres du FPI. C’est le contraire qui aurait étonné au regard de la versatilité des êtres humains. Un proche ami pourrait te trahir pour assouvir ses ambitions personnelles, mais pas ton sang et ta chair.

1 Point ou Zéro ?

0 points
Upvote Downvote

Total votes: 0

Upvotes: 0

Upvotes percentage: 0.000000%

Downvotes: 0

Downvotes percentage: 0.000000%

Dominique Ouattara

Procès Laurent Gbagbo : Blé Goudé et Gbagbo face au dernier témoin de Bensouda