Le lancement de la monnaie unique ouest-africain repoussé en 2027

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Les quinze pays membres de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont décidé, samedi 19 juin, de repousser le lancement de leur monnaie commune, l’Eco, en 2027.

C’était à l’occasion d’une réunion de l’organisation à Accra (Ghana). A la date fixée, la CEDEAO espère que les économies des différents Etats se seront suffisamment rapprochées pour permettre la création d’une telle devise.

Annoncée par le président ivoirien Alassane Ouattara pour 2020, la mise en service de la monnaie commune ouest-africaine, Eco, devrait encore attendre. Lors d’un sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à Accra (Ghana), samedi 19 juin 2021, il a été décidé que le lancement de cette devise aura lieu à l’horizon 2027. « Nous avons une nouvelle feuille de route et un nouveau pacte de convergence qui couvrira la période entre 2022 et 2026, et 2027 sera l’année de lancement de l’Éco », a indiqué l’Ivoirien Jean Claude Brou, président de la Commission de la CEDEAO.

Ce nouveau report, le quatrième, s’expliquerait par la nécessité de faire converger les différentes économies d’ici là. Une échéance un peu trop rapprochée selon l’économiste Moubarack Lô, président de l’institut « Emergence Sénégal ». Celui-ci pointe les 10% d’inflation du Nigéria, le géant économique de la sous-région, par rapport aux Etats de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) composée de huit pas. Ce sont : le Benin, le Burkina, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L’inflation de ces derniers se situe sous la barre de 2%.

« Rien n’indique dans l’horizon à venir qu’on sera prêts »

Autre point d’achoppement, les intérêts divergents entre ce bloc et le Nigéria, grand de producteur de pétrole et membre de l’Opep (Organisation des pays exportateurs de pétrole). « On peut pas ne pas fixer de dates. Les banquiers centraux, les ministres de l’Economie et Finances ne vont jamais conseiller à leurs chefs d’Etat d’avancer si on n’est pas assurés d’être vraiment prêts. Et aujourd’hui, manifestement, on n’est pas prêts et rien n’indique dans l’horizon à venir qu’on sera prêts. Parce qu’aujourd’hui il y a des grands différentiels en termes d’inflation », avance sur RFI, Moubarack Lô.

Des conditions posées par le Nigeria

A ces difficultés s’ajoutent d’autres considérations plus politiques. Le Nigeria, très prudent sur cette entreprise commune, pose cinq conditions clés pour s’engager pleinement. Son président Muhammadu Buhari exige que la CEDEAO gère de façon souveraine l’Eco ; que cette monnaie soit imprimée en Afrique, pas en France (comme le Franc CFA l’est) ; qu’il n’y ait pas d’intermédiaire dans la convertibilité entre l’Éco et l’Euro et le Dollar ; que l’Eco soit doit être convertible avec toutes les monnaies du monde ; et que le Trésor français ne fasse aucun prélèvement sur les économies africaines. Cette position du Nigeria (qui frappe localement son Naira) est soutenue par les autres pays anglophones, imprimant leurs propres monnaies : le Cedi pour le Ghana, le Dalasi pour la Gambie et Leone pour la Sierra Leone. La Guinée Conakry rejoint ce groupe, avec son Franc guinéen en service depuis Sékou Touré.

Des réformes à parachever

Le bloc des Francophones devrait satisfaire ces exigences afin de voir naître la monnaie commune ouest-africaine. Si tout va bien, le calendrier prévoit que les pays disposant de leurs propres devises lancent d’abord une monnaie unique à leur niveau. Ensuite, les pays membres de l’UEMOA, utilisant en commun le franc CFA vont s’y greffer pour fusionner ces monnaies et n’en faire qu’un : l’Eco. Toutefois, les Etats de la zone CFA doivent préalablement parachever les réformes exigées par le nouveau traité monétaire signé avec Paris en décembre 2019. Les parlements des huit membres vont notamment devoir ratifier le texte et examiner des questions fondamentales. Parmi lesquelles, le taux de change de l’Eco et le lien de garantie proposé par Paris.

Le Franc CFA rejeté par la jeunesse des questions qui tiennent à cœur les souverainistes de la sous-région. En effet, on ne souhaite pas que cet Eco soit une forme plus subtile du Franc CFA, visant à faire taire les critiques sur cette dernière devise. Ces dernières années, les manifestations de jeunes se sont multipliées dans les capitales ouest-africaine pour demander l’abolition de cette monnaie, considérée comme pièce maitresse de la Françafrique. Egalement, les craintes agitent les pays anglophones, qui craignent de se mettre aussi sous la coupe de Paris…Si les pourtours de l’Eco restent flous, son objectif final tente la plupart des Etats de l’Afrique de l’Ouest. La création de cette devise doit permettre l’amélioration des échanges entre les différents pays membres, le renforcement de la stabilité et de la résilience des économies et l’impulsion d’une croissance forte, durable et inclusive dans la zone.

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