Conflit inter-ethnique à Facobly, après le meurtre d’une jeune fille

Depuis le dimanche 27 juin dernier, la ville de Facobly, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, est le théâtre de fortes tensions entre communautés autochtone et allogène guinéenne.

Un jeune boutiquier aurait étranglé à mort sa copine d’ethnie Wobé, une jeune fille en classe de 3ème et qui attendait les résultats de l’examen du BEPC, tombés trois jours plus tard. Le meurtre de cette jeune fille la ville de Facobly, a occasionné la destruction de plusieurs commerces supposés appartenir aux Guinéens. Selon les témoignages concordants, les deux amants entretenaient une relation depuis quelques années, avec l’accord des parents de la jeune fille. Tandis que certains habitants accusent le boutiquier d’avoir tué leur sœur ivoirienne, d’autres pointent du doigt l’irresponsabilité des parents de la demoiselle tout juste âgée de 17 ans.

L’ouest de la Côte d’Ivoire connait à nouveau un conflit inter-ethnique. En effet, le dimanche 27 juin dernier, des jeunes autochtones de Facobly ont détruit les commerces de la population allogène guinéenne. Pour cause, un jeune boutiquier issu de cette dernière communauté aurait étranglé à mort sa copine, appartenant à l’ethnie locale Wôbé. Les jeunes Wôbé ont résolu de venger leur sœur en s’attaquant à la communauté guinéenne, qui paie ainsi le prix fort d’un acte inexplicable de leur fils. Celui-ci a pris la fuite et reste introuvable à ce jour. Les autres guinéens de la ville ont également déserté leurs commerces, détruits par les vengeurs. A ce jour, on ne saurait pas encore ce qui a réellement motivé le meurtre de la demoiselle. Comme dans la plupart des cas de meurtres d’un partenaire, on met en avant la piste de l’amant jaloux.

Une relation de plus de quatre mois

Selon les témoignages concordants, le jeune homme prénommé Ismo est arrivé dans le village de Tieny-Seably, dans le département de Facobly par le biais de son frère aîné, il y a quelques années. Il s’est ensuite installé à son propre compte en ouvrant sa propre boutique, comme il est de coutume dans sa communauté. Plusieurs mois après son arrivée dans le village, depuis son pays natal, Ismo a fait la connaissance de Lola (prénom de la jeune fille), jeune élève à Facobly. Ils auraient d’abord commencé une relation discrète, avant de l’officialiser au-devant des parents, il y a plus de quatre mois.

Une enquête ouverte et des recherches lancées

Lola aurait pris l’habitude de dormir chez son copain avec l’accord de sa famille. Celle-ci aurait même une clé de la boutique d’Ismo, selon certains témoignages. Le jour du drame, le jeune Guinéen aurait invité sa camarade à le rejoindre dans son commerce. Lola s’est rendue aussitôt sur les lieux indiqués afin de pouvoir regagner au plus vite son domicile. Mais hélas, elle n’en reviendra pas car ligotée et étranglée. Le lendemain matin, ne voyant pas leur fille revenir de chez Ismo, comme d’habitude, décida de s’y rendre pour savoir de quoi il retournait. Avec la seconde clé qu’elle possédait, la mère ouvre le local. Malheureusement, c’est le corps sans vie de Lola qu’elle y retrouve, et nulle trace de son copain.

Informés du drame, les jeunes Wôbé ont pris d’assaut durant deux jours, tous les commerces tenus par les Guinéens à Facobly. Ils ont incendié plusieurs magasins supposés appartenir à des ressortissants guinéens. Ceux-ci ont, pour la plupart, eu le temps de quitter la ville et les villages environnants pour ne pas subir de représailles. Certains auraient déjà franchi la frontière proche pour rejoindre leur pays et se mettre à l’abri. Face aux violences qui montaient crescendo, un bataillon des forces de l’ordre a été déployé à Facobly pour ramener le calme. Elles ont ouvert une enquête et lancé des recherches pour retrouver l’individu incriminé. Cependant, jusqu’au mercredi 30 juin, plusieurs commerces restaient fermés. Aussi, la tension était encore vive en dépit de l’appel à l’apaisement des autorités, des chefs de communautés et du responsable des jeunes de la ville.

Sur les braises de vieilles rancœurs

Les autochtones accusent le jeune guinéen d’avoir prémédité son crime. Au-delà du criminel, c’est toute sa communauté qu’il indexe de faire preuve d’ingratitude envers ceux qui les ont reçus sur leur terre. Certains préfèrent plutôt s’en prendre aux parents de la victime, et plus parlement aux parents Wôbé. Pour leurs intérêts personnels (de l’huile, un sac de riz, un morceau de savon, quelques billets de banque, etc.), ceux-ci seraient prêts à « vendre » leurs filles au premier venu. Les filles autochtones également sont accusées de ne rechercher que le bien matériel que leur font miroiter les immigrés.

Quoi qu’il en soit, il faut noter que les conflits inter communautés se sont multipliés ces dernières années dans cette partie du pays. Ils sont essentiellement entre autochtones Wê (Guéré et Wôbé) ou Dan (Yacouba) et étrangers (Guinéens, Maliens, Burkinabés). Ils sont liés à des litiges fonciers ou des oppositions politiques, très vivaces depuis près de vingt ans. Ces conflits entre autochtones et allogènes ont également éclaté au nord du pays, à l’est et au sud. Récemment, la communauté nigérienne a été prise à partie à Abidjan après la maltraitance supposée de migrants ivoiriens en transit au Niger. Pourtant, la vidéo à l’origine des représailles a été tournée au nord Nigeria en 2017 et concernait des combattants de Boko Haram.

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