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FPI : L’enfant terrible de la politique ivoirienne

Parler du Front Populaire Ivoirien (FPI) aujourd’hui, c’est parler d’un parti politique qui est passé par tous les états.

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De la clandestinité à l’exil en passant par une période de règne marquée du sceau de la rébellion. Le FPI a vu le jour au moment du parti unique sous l’impulsion de Laurent Gbagbo et de son épouse Simone Ehivet, tous deux emprisonnés depuis 2011.

L’ancien président se trouve à la Haye où il est jugé alors que sa compagne se trouve aux mains de la justice ivoirienne. Avant d’arriver au pouvoir, le chemin du FPI a été long et rocailleux. Laurent Gbagbo a dû affronter le très craint et respecté Félix Houphouët Boigny pour porter aux fonds baptismaux sa formation politique. Fait plusieurs fois prisonniers sous le règne du PDCI, le natif de Mama arrivera finalement au pouvoir en octobre 2000 après avoir arraché sa victoire à la junte militaire. Cette consécration sera de courte durée puisque le régime FPI sera secoué par la première rébellion que le pays ait connue, celle des Forces nouvelles. A partir de cet instant, le FPI est obligé de sacrifier ses cadres pour partager son pouvoir avec ses plus grands opposants que sont le RDR et le PDCI. Se servant de la rhétorique patriotique et nationaliste, le FPI réussit à séduire la jeunesse, particulièrement la jeunesse estudiantine qui portera l’essentiel de son combat. Mais cet amour indéfectible ne suffira pas pour maintenir le FPI au pouvoir, rentré entre temps dans la coalition LMP, La Majorité Présidentielle. Après la perte du pouvoir, les dignitaires du régime sont soit emprisonnés soit en fuite. Le nouveau pouvoir d’Abidjan les accuse d’être responsables des 3000 morts qu’il y a eus en 2010. Depuis que le père fondateur du parti est à la Haye, le FPI est rongé par une division pernicieuse qui ne préfigure pas des lendemains meilleurs.

Sommaire :
De la création du parti au multipartisme
Le FPI dans la bataille des héritiers d’Houphouët
Du putsch et de l’élection présidentielle de 2000
La responsabilité du FPI dans la crise de 2002 à 2010
Quel avenir pour le FPI et ses dignitaires

De la création du parti au multipartisme

L’idée de créer le FPI a germé dans l’esprit de son fondateur en 1982 après les premières manifestations estudiantines majeures. A cette époque il était directeur de l’Institut d’Histoire, d’Art et d’Archéologie Africaine, l’IHAAA. Laurent Gbagbo aidé de son épouse Simone Gbagbo donnent le jour au Front Populaire Ivoirien, dans la clandestinité. Interdit d’activités politiques, Laurent Gbagbo s’exile en France d’où il revient en 1988 pour se voir reconnaitre, part Houphouët Boigny, la légalité ou du moins la légitimité de son mouvement politique. Cependant il faudra attendre en 1990 pour que le FPI soit officiellement reconnu comme un parti politique. Il se réclame du socialisme démocratique et de la lutte contre le néocolonialisme. Même si le FPI n’est devenu une formation politique que dans les années 1980, son président fondateur avait déjà une histoire avec le parti unique. Il fit la prison à plusieurs reprises dans les années 1970 pour son syndicalisme trop marqué. Il est vrai que ses détracteurs actuels ne veulent pas l’admettre, mais pour ses partisans Laurent Gbagbo a fortement contribué à l’avènement du multipartisme et de la démocratie en Côte d’Ivoire. S’il y a eu vent de l’ouest, il fallut quelqu’un pour propulser ce vent-là, et c’est le rôle que le fondateur du FPI aurait joué à défaut d’être le père du multipartisme.

Le FPI dans la bataille des héritiers d’Houphouët

En 1990, Laurent Gbagbo se présente à l’élection présidentielle face à l’ogre Houphouët Boigny. Ce dernier l’emporte largement contre le candidat socialiste qui crie à la fraude. Gbagbo n’aura eu que 18% des voix, une bien maigre récolte. Toutefois, le FPI se positionnait comme la 2e force politique du pays. Les mois qui suivent verront plusieurs manifestations estudiantines orchestrées par la toute puissante Fédération Estudiantine de Côte d’Ivoire. Quoique la FESCI soit un mouvement étudiant, les détracteurs du FPI s’accordent à dire qu’elle est l’un des démembrements du parti de Laurent Gbagbo. Plus tard, l’on parlera même de la FESCI comme de la milice de Laurent Gbagbo. A la mort de Félix Houphouët Boigny, le FPI ne pouvait qu’observer la bataille de succession entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. Lorsque le PDCI d’Henri Konan Bédié remporte la bataille, il organise des élections dont l’opposition s’empresse de dénoncer les conditions. Le FPI forme alors alliance avec le nouveau parti, le RDR, pour boycotter le vote. Au sein de ce Front Républicain, le FPI fait grossir sa voix mais cela ne suffit pour ramener à la raison le parti au pouvoir. Henri Konan Bédié gouverne bon gré mal gré et s’accommode du FPI quand dans le même temps il prépare l’Ivoirité pour le nouveau président du RDR, le docteur Alassane Dramane Ouattara.

Du putsch et de l’élection présidentielle de 2000

En décembre 1999, un coup d’Etat dépose le président Henri Konan Bédié qui s’exile pour fuir la justice ivoirienne. Laurent Gbagbo semble accueillir favorablement la fin du règne du PDCI même s’il ne donne pas clairement sa bénédiction aux putschistes. C’est cette passivité du fondateur du FPI, devant le coup anticonstitutionnel, qui nourrira une bonne partie de l’adversité d’Henri Konan Bédié à l’égard de Laurent Gbagbo. En octobre 2000, le Général Guei, ayant pris soin d’écarter les présidents du RDR et du PDCI, se présente tout seul face au candidat socialiste. C’est une aubaine pour le FPI en l’absence des deux autres grands partis de Côte d’Ivoire. C’est donc normalement que son candidat s’impose malgré quel que amour que les Ivoiriens avaient pour celui qui passait pour le Père Noël. Enfin le Front Populaire Ivoirien arrive au pouvoir après des années de souffrances et de clandestinité. Pourtant Laurent Gbagbo et sa troupe de socialistes n’auront pas l’opportunité de savourer pendant longtemps ce rêve devenu réalité. En 2002, le régime est victime d’un coup d’Etat qui se transforme en rébellion après l’échec de la prise d’Abidjan.

La responsabilité du FPI dans la crise de 2002 à 2010

Les premières heures de la rébellion de 2002 emporte quelques cadres du FPI comme le ministre de l’intérieur d’alors Boga Doudou. Dans le même temps, certains de ses dignitaires comme le professeur Lida Kouassi Moise sont frappés du sceau de la traitrise. Dès lors une certaine paranoïa s’installe au cœur du pouvoir frontiste. Les Jeunes Patriotes (c’est l’appellation donnée aux jeunes partisans du FPI), sont mobilisés à grand fort de propagande pour défendre la nation. La FESCI est également à l’œuvre car très proche, idéologiquement, du Front Populaire Ivoirien. Le zèle de cette jeunesse sera à l’origine des critiques les plus violentes du régime FPI car cette jeunesse trop active se serait rendue coupable de violations des droits de l’homme et de xénophobie. Quant au pouvoir, il essaie de se maintenir malgré la pression internationale notamment celle de la France, en conflit ouvert avec Abidjan. Grâce aux nombreux accords signés par le pouvoir avec l’opposition civile comme armée, le pouvoir du FPI réussit à se maintenir jusqu’en 2010, date des élections de sortie de crise. Le FPI, à l’unanimité, reconduit son mentor, le président sortant Laurent Gbagbo. Il se qualifié au 2e tour pour affronter le candidat du RDR, Alassane Dramane Ouattara. La Commission électorale le déclare perdant, mais le conseil constitutionnel le consacre vainqueur. C’est le début d’une crise poste électorale qui fera officiellement 3000 morts.

Quel avenir pour le FPI et ses dignitaires

Au lendemain de la crise post-électorale, tous les dignitaires du FPI, qui n’ont pas fui ou réussi à fuir, sont fait prisonniers par le nouveau pouvoir. Parmi ceux-ci nous avons le président Laurent Gbagbo, son épouse Simone Ehivet, Hubert Oulaye, Sangaré Aboudramane et Affi Nguessan. Les deux derniers seront jugés puis acquittés par le nouveau pouvoir. Ils sont à l’origine de deux branches du FPI qui s’affrontent jusqu’à ce jour. Le FPI tendance Affi Nguessan est plus ou moins celui qui a les faveurs du régime en place tandis que le FPI tendance Aboudramane Sangaré jouit de la sympathie d’un grand nombre des partisans de Laurent Gbagbo. Malgré les médiations au sein du parti, les deux intérimaires à la présidence du FPI n’arrivent pas à accorder leur violon. Tous ceux assurent avoir l’onction de Laurent Gbagbo dont on ne connait toujours pas la position exacte, parce que sans doute concentré sur le procès qui le concerne à la Cour Pénale Internationale. L’avenir du FPI semble être moins accroché à l’entente des héritiers Affi et Sangaré qu’au retour prophétique de Laurent Gbagbo parmi les siens. La grande majorité des militants du FPI n’entendraient pas passer à autre chose tant que leur mentor ne revient pas de la Haye. Cette façon de voir le destin du FPI a d’ailleurs poussé le camp opposé, celui du RDR en l’occurrence, à traiter ces militants, de Gbagbo Ou Rien ou tout simplement de GOR. Du côté de la Haye, l’heure est au passage imminent des témoins de la defense de Laurent Gbagbo et de Blé Goudé. La question qui trotte à l’esprit est de savoir à présent : Que deviendra le FPI sans Laurent Gbagbo ? La même question pourrait être également posée pour le RDR et le PDCI.

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