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PDCI : d’Houphouët Boigny à Henri Konan Bédié

Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, en abrégé PDCI, est un démembrement du Rassemblement Démocratique Africain crée à Bamako par feux Felix Houphouët Boigny et Modibo Keita du Mali.

Pdci Houphouet Boigny

Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, c’est ce PDCI-RDA qui mena la lutte pour l’indépendance de la Côte d’Ivoire dès avril 1946 jusqu’au 7 août 1960.

De ce fait, pour beaucoup d’Ivoiriens, le PDCI c’est avant tout ce parti respectable qui apporta à la Côte d’Ivoire sa dignité et sa liberté. Son premier président, Felix Houphouët Boigny fut aussi le premier président de la Côte d’Ivoire et ce pour 33 longues années. Bien que favorisé par son histoire glorieuse, le PDCI deviendra vite un parti contesté et combattu à cause de sa trop grande propension à vouloir engloutir toutes les énergies. En effet, le parti unique que Félix Houphouët Boigny instaura pour conserver le pouvoir fera naître de farouches opposants à sa politique. Il s’agit notamment de Kragbe Gnabge, instigateur de la République éphémère du Guébié et de Laurent Gbagbo, le premier véritable opposant au père de la nation. Obligé de composer avec d’autres partis politiques à la faveur du vent de l’ouest, bruyamment soufflé par Laurent Gbagbo, le PDCI-RDA voit son influence rétréci. Cette influence sera davantage diminuée lorsque naitra la dissidence de Dejni Kobinan qui crée le Rassemblement Démocratie des Républicains. Après le décès d’Houphouët Boigny, la politique d’Henri Konan Bédié fait définitivement basculer le PDCI au rang de parti quelconque. Le FPI de Laurent Gbagbo et le RDR de Djeni Kobinan puis d’Alassane Ouattara, se taillent une bonne part du gâteau électoral. Depuis ce temps, le vieux parti essaie de revenir, non sans peine, dans le jeu politique national. L’alliance politique du RHDP avec son pacte de Daoukro fera-t-il revenir au pouvoir, le PDCI-RDA ?

Sommaire :
Naissance du PDCI jusqu’à l’indépendance
Le Parti Unique de 1960 à 1990
De la mort d’Houphouët au règne d’Henri Konan Bédié
Le rôle du PDCI de 2002 à 2010
Au nom du droit légitime de l’accord de Daoukro

Naissance du PDCI jusqu’à l’indépendance

Le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire est né lors du congrès de Bamako organisé par Félix Houphouët Boigny et Modibo Keita. Lors de ce congrès, verra le jour, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA), un vaste mouvement politique censé fédérer toutes les intelligences africaines dans la lutte pour l’indépendance. Plusieurs sous sections naitront du RDA dans presque tous les pays qui ont participé au congrès. En Côte d’Ivoire, Houphouët crée le PDCI-RDA en octobre 1946 dont il prend la tête. Dès cet instant, Houphouët Boigny s’entoure de plusieurs intellectuels ivoiriens. Bien que de nombreux autres partis politiques ont vu le jour comme le Bloc Démocratique Eburnéen d’Etienne Djoman et le Parti Progressiste de Côte d’Ivoire de Kouamé Benzen et Kacou Aoulou, le PDCI demeure celui qui fédère le plus les Ivoiriens. D’abord apparenté au Parti Communiste Français, le PDCI se désengage vite de lui pour entamer une collaboration fructueuse avec les autorités françaises. Dans le courant des années 1950, Houphouët et les siens obtiennent plusieurs victoires dont le suffrage universel et la loi cadre. En 1958, le PDCI refuse d’engager la Côte d’Ivoire dans la voix qu’a prise la Guinée de Sekou Touré. Le pays dit Oui à la Communauté française et accède deux ans plus tard, sans ambages, à son autonomie. C’est ainsi que le 7 août 1960, Felix Houphouët Boigny proclame l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Le Parti Unique de 1960 à 1990

Lorsque Houphouët Boigny et le PDCI arrivent au pouvoir, ils installent le parti unique aussi appelé le monopartisme. Ce système politique, d’ailleurs en vigueur dans tous les pays fraichement décolonisés, a fait naître certaines adversités très notables dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Refusant toute rivalité le PDCI interdit, vers la fin des années 1970, à Kragbe Gnagbe, jeune étudiant de gauche revenu de ses études en France, de créer son parti politique. Celui-ci s’obstine et finit par être à la base d’une insurrection d’une telle envergure qu’il y aurait eu au moins 4000 morts selon les propos d’Houphouët Boigny lui-même. Le PDCI-RDA maintient son monopole dans les années qui suivront. Un jeune professeur du nom de Laurent Gbagbo représentera la seule menace pour le pouvoir du PDCI. Cet enseignant fera fréquemment parler de lui au cours des mouvements de grève, jusqu’à fonder son parti politique dans le courant des années 1980. En 1990, Houphouët Boigny est forcé de céder au grand vent de l’ouest et aux complaintes de Laurent Gbagbo. Il permet le multipartisme et organise une élection la même année. Il s’impose très largement, mais ne finira pas son mandat puisqu’il décède en décembre 1993.

De la mort d’Houphouët au règne d’Henri Konan Bédié

A la mort d’Houphouët Boigny, le PDCI va connaître une implosion propre à tout parti unique. Les héritiers du père fondateur, trop longtemps tapis dans l’ombre avec leurs desseins personnels, se manifestent enfin. Bien que la constitution ivoirienne désignait Henri Konan Bédié, alors président de l’Assemblée nationale, successeur légal d’Houphouët, Alassane Ouattara s’est considéré comme l’héritier légitime fort de la fonction qu’il occupait. Finalement le PDCI reviendra aux mains d’Henri Konan Bédié qui prend soin d’écarter les voix dissonantes. Parmi celles-ci Djeni Kobinan qui forme le Rassemblement des Républicains avec Alassane Dramane Ouattara. Cette dissidence affaiblit le PDCI puisqu’elle l’ampute de certains de ces cadors. Malgré la création du RDR, le PDCI se maintient comme le parti phare de la vie politique ivoirienne. En 1995, Henri Konan Bédié organise des élections que le PDCI remporte haut la main puisqu’il n’y avait aucun opposant. Le FPI et le RDR s’étaient retirés du jeu électoral au sein du Front Républicain. Isolé, le PDCI perd pied et fait grincer les dents dans les casernes. En décembre 1999 un putsch renverse l’héritier constitutionnel d’Houphouët Boigny. Le président déchu est forcé à l’exil par le nouveau patron du palais d’Abidjan, le Général Robert Guei. Ce dernier perd les élections qu’il a organisées en 2000 face au seul candidat autorisé à competir : Laurent Gbagbo du FPI. Celui-ci séduit une large frange de la population pour ses idées très largement socialistes. Dès cet instant une grande partie de la base électorale du PDCI bascule dans le camp du FPI surtout lorsque survient la rébellion en 2002, par patriotisme, une recette qui avait cours.

Le rôle du PDCI de 2002 à 2010

En 2002, un coup d’Etat manqué contre Laurent Gbagbo se transforme en rébellion dans les zones nord, centre et ouest. Le PDCI avec d’autres partis de l’opposition sont invités à la table des négociations à Marcoussis en 2003. Avec le RDR et d’autres formations politiques comme le MFA et l’UDPCI, le PDCI-RDA créé le Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP), sur avis du président français Jacques Chirac, dit-on. C’est au sein de cette coalition politique que le PDCI-RDA participe aux différentes négociations avec le pouvoir en place en vue d’une sortie de crise. A la faveur de la réconciliation nationale le PDCI fait son entrée dans plusieurs gouvernements avec des ministres comme Patrick Achi, Kouassi Adjoumani ou Gnamien Konan. En 2010, le RHDP part en ordre dispersé à la présidentielle contre le président sortant Laurent Gbagbo. C’est le RDR qui réussit à passer au 2e tour pour affronter le FPI puisque le PDCI finit à la 3e place selon les scores. Le président Aimé Henri Konan Bédié s’est plaint d’un vol de voix sans accuser un candidat. Il n’ira pas plus loin que la dénonciation et le processus électoral continuera sans le PDCI. Au nom de l’alliance du RHDP, le vieux parti soutient le candidat du RDR qui emporte le second tour de l’élection présidentielle selon la commission électorale. Le PDCI se voit devenir un faiseur de roi et il rééditera l’exploit en 2015, permettant au président Ouattara de faire un second mandat, mais sans quel que pacte.

Au nom du droit légitime de l’accord de Daoukro

Aujourd’hui le PDCI veut revenir au pouvoir après plus de 20 années de disette. Le parti historique de Côte d’Ivoire, autrefois le plus grand parti, se rêve en train de succéder au RDR en 2020. Henri Konan Bédié et les siens ont de bonne raison d’espérer en cette possibilité. Le paysage politique actuel de la Côte d’Ivoire est fait de sorte que c’est le RHDP qui devrait détenir encore le pouvoir en 2020. Mais quelle formation politique issue de cette coalition aura la charge de gouverner en 2020 ? A en croire les dernières affirmations des cadres du RDR, le candidat du RHDP pourrait autant venir autant du MFA, de l’UDPCI que du PDCI ou du RDR. Mais personne n’est dupe, ce sera soit le PDCI soit le RDR. Cette reculade est sans doute l’effet boomerang des déclarations récentes de Jean Louis Billon, porte-parole adjoint du PDCI-RDA. Le député de Dabakala avait tiré à boulet rouge sur l’allié RDR, insinuant entre autres que le RDR n’est rien sans le PDCI. La direction du PDCI en tout cas semble s’accrocher à cette alternance en 2020, avec la dernière énergie qui soit. En effet, selon les termes du pacte de Daoukro, le RDR devrait céder le fauteuil présidentiel au PDCI afin de lui renvoyer l’ascenseur pour services rendus en 2010 et en 2015. Sachant que l’âge avancé du sphinx de Daoukro ne lui permet plus d’attendre encore longtemps, l’on doit s’attendre à ce qu’il réclame jusqu’au bout la passation de charges présidentielles en 2020. Pour que ce rêve devienne réalité, il faudrait, honnêtement, que le PDCI adopte le ton de la modération et arrive à convaincre le RDR de tenir sa promesse.

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