Laurent Gbagbo : l’ancien président de retour dans son village natal

Deux semaines après avoir reçu un accueilli triomphal à Abidjan, Laurent Gbagbo est retourné ce weekend dans son village natal, après huit années d’absence. Il a eu droit à un autre bain de foule à Mama en compagnie de certains cadres de son parti.

Le cortège a pris du retard

Après dix années d’absence, Laurent Gbagbo s’est rendu ce weekend dans son village natal, Mama (Ouest de la Côte d’ivoire). Il y a été accueilli dans une liesse, dont il est si friand. Le convoi de l’ex président est arrivé dans le village aux alentours de 18H, alors que personne n’y  croyait plus. En effet, plusieurs partisans venus des villages environnants et même de plus loin étaient déjà en place au petit matin de ce dimanche 27 juin 2021. Restauration, musique, boisson, la fête allait bon train depuis plusieurs heures. Le retard pris par le cortège de Laurent Gbagbo était sans doute dû aux nombreuses escales effectuées dans les villes et villages traversés. Comme dans la capitale, l’ex chef d’Etat avait dû saluer plusieurs Ivoiriens attroupés le long des voies depuis Abidjan.

Arrivé à Mama dans la soirée, Laurent Gbagbo a préféré ne pas se rendre sur la place du village où une tribune l’attendait. Il a simplement sorti la tête pour saluer les habitants qui tenaient tous à le voir. Son protocole était pratiquement débordé par cette foule incontrôlable de jeunes gens euphoriques et de femmes en joie. Après quelques minutes de salutation depuis son véhicule, Laurent Gbagbo a directement rejoint sa résidence. Pas du tout déçus par cette brève apparition, ses partisans et les habitants de Mama ont continué de célébrer son retour dans les maquis et espaces restauration du village.

Gbagbo sur la tombe de sa mère

Avant Mama, l’ancien prisonnier de Scheveningen s’était rendu à Blouzon, un village proche, afin de se recueillir sur la tombe de sa mère, décédée en 2014 lorsqu’il était en détention. Dans son allocution à l’ancien QG de campagne du FPI à Cocody, le 17 juin dernier, il avait demandé à pleurer d’abord ses morts avant de reprendre le combat politique. « Je suis arrivé ici avec les larmes aux yeux parce que je n’étais pas là quand ma mère m’a quitté (…) Sangaré (Aboudramane Sangaré, son fidèle compagnon de lutte et SG du FPI de 2011 à son décès en novembre 2018) a organisé les obsèques de ma mère. Il n’a même pas attendu que je vienne lui dire merci, Sangaré est décédé, lui aussi, me fait beaucoup de peine », a déclaré Laurent Gbagbo.

Au cours de ce même discours, il avait dit aux jeunes, amassés dehors, qu’il demeurait leur soldat. Une façon de dire qu’il compte reprendre le combat politique. Dans un reportage exclusif de la chaîne Arte, il avait donné le ton. A la question de savoir s’il voulait concourir à la présidentielle de 2025, Laurent Gbagbo a répondu : « Je suis en politique, j’ai demandé à la direction de mon parti de me laisser faire mes deuils…et puis après je suis un soldat, je suis au garde-à-vous ». Ceux qui voyaient Aké Ngbo ou Koné Katinan lui succéder devraient peut-être attendre un peu encore… Toutefois, Alassane Ouattara pourrait lui couper l’herbe au pied en modifiant encore la Constitution. Il aurait l’intention d’abaisser l’âge maximal de candidature à 75 ans, voire 70 ans.

Qu’en est-il de la réconciliation nationale ?

Ainsi, l’actuel chef d’Etat (79 ans) s’écarterait lui-même, ainsi que ses deux éternels rivaux que sont le président du PDCI Henri Konan Bédié (87 ans) et Laurent Gbagbo (76 ans). Ces deux derniers devraient se rencontrer dans les prochains jours pour parler certainement de la nouvelle stratégie de l’opposition ivoirienne. Celle-ci a dû mal à freiner l’armada du RHDP, qui a avec lui l’armée et les institutions de la République. Mais le retour du leader du FPI va certainement faire évoluer le rapport de force. Le champion des manifestations de rue et des rassemblements de masse pourra compter sur ses partisans plus mobilisés que jamais. Ce remue-ménage politique occulte toutefois le grand chantier de la réconciliation nationale. Celui-ci est même très compromis alors que tout le monde avait misé sur le retour de Laurent Gbagbo pour le lancer véritablement. Point de Ouattara à l’aéroport le 17 juin pour accueillir son « frère », point d’officiels ivoiriens dans le pavillon président que le pensionnaire de Scheveningen a refusé…Pis, le ministre de la réconciliation nationale, Kouadio Konan Bertin dit KKB n’était même sur place. Quel message envoie-t-on aux Ivoiriens ? Ces derniers ont d’ailleurs failli en venir aux mains le jour du retour de Laurent Gbagbo.

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