Rencontre Poutine : pourquoi Macron a refusé un dépistage russe

Cette semaine Emmanuel Macron a effectué une visite à Moscou pour discuter avec Vladimir Poutine de la question ukrainienne. Les images de cette rencontre ont beaucoup intrigué à cause de la très grande distance entre les deux présidents autour de la table.

Cette distanciation excessive résulte du refus du chef de l’Etat français d’effectuer un dépistage russe. Pourquoi cette attitude du locataire actuel de l’Elysée ?

Pas un ou deux mètre(s) mais quatre

Le lundi 7 février, Emmanuel Macron a rendu visite à Vladimir Poutine à Moscou pour parler du conflit ukrainien. Après leur entretien, les deux présidents ont tenu une conférence de presse, au cours de laquelle chacun était assis à l’extrémité d’une très longue table. Les images publiées sur les réseaux sociaux ont suscité de nombreux commentaires et des interprétations diverses. Certains internautes ont expliqué qu’il s’agissait, pour Poutine, de faire passer un message subtil aux Occidentaux. Par exemple de leur faire comprendre qu’ils sont aux antipodes sur la question de l’Ukraine. D’autres ont suggéré que Macron ne voulait pas se rapprocher d’un homme pas du tout fréquentable.

Il n’en serait rien de tout ceci. Le Kremlin a expliqué, vendredi 11 février, que la distance de quatre mètres autour de la longue table visait à respecter une distance sanitaire, après le refus du président français de se soumettre à un test Covid russe. Il a donc dû s’asseoir loin de Vladimir Poutine, dont la santé et celle de ses invités passe avant toutes considérations politiques. « Certains suivent leurs propres règles […] Mais dans ce cas, un protocole sanitaire est appliqué pour protéger la santé de notre président et celle de son hôte », a soutenu Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin.

Un protocole « inacceptable » pour l’Elysée

Le responsable russe a également indiqué que Macron avait deux possibilités qui s’offraient à lui. D’une part accepter un test PCR effectué par les autorités locales afin de s’asseoir près de son homologue Poutine. D’autre part refuser et respecter une distanciation sociale plus stricte. Du côté de l’Elysée, on confirme le refus du président français à se faire tester par les médecins russes. Toutefois on précise que cette attitude est amplement justifiée. En effet, Emmanuel Macron avait déjà passé un test PCR en France, avant son départ pour Moscou. Aussi, il a effectué un test antigénique avec son propre médecin une fois en Russie. « Les Russes nous ont dit que Poutine devait être maintenu dans une bulle sanitaire stricte », mais le protocole sanitaire est « inacceptable », et « incompatible avec les contraintes d’agenda » propres. Ainsi, la délégation française a-t-elle « choisi l’autre option proposée par le protocole russe » : s’installer à l’autre bout de la longue table en marbre. Une autre source, interrogée par l’agence Reuters, a apporté une explication bien différente au refus de Macron de faire le test PCR russe. Le chef de l’Etat français et son équipe auraient craint que les Russes mettent la main sur son ADN avec un prélèvement. Et Dieu seul sait ce qu’ils en auraient fait…

Des motivations justes ou paranoïaques ?

On pense aussi que Moscou aurait pu frotter sur l’écouvillon un poison. Au pays du « Novitchok », il ne fallait pas prendre ce risque…Mais certaines personnes estiment que l’Elysée est dans le délire et la paranoïa. Son attitude relèverait même du « complotisme » dont il accuse à tout va des citoyens Français. Le Kremlin pourrait déjà, s’il le voulait, croit-on, prélever son empreinte sur les objets qu’il a touchés au Kremlin (comme la table) pour remonter à son ADN. D’ailleurs, une atteinte à la santé et à la vie de Macron ne changerait rien sur l’échiquier politique international. Certains Français accusent aussi leur président de ne pas se plier aux règles sanitaires en vigueur dans un pays, alors qu’il veut « emmerder les non vaccinés » et les récalcitrants aux mesures anti-covid chez lui. On l’appelle à montrer l’exemple…

D’autres présidents ont aussi dû faire le choix

Par ailleurs, l’exigence de Moscou n’aurait pas pour but d’humilier le président français ou de lui faire du mal. Depuis le début de la crise, les règles sanitaires sont très strictes au Kremlin. Toutes les personnes entrant dans ce bâtiment sont soumis au même protocole, qu’il s’agisse des journalistes ou des invités de marque. Ainsi, tous les présidents reçus par Poutine ces derniers mois ont eu à faire les mêmes choix que Macron. Soit effectuer le test PCR des autorités russes, soit s’installer à une bonne distance du locataire du Kremlin. Le président argentin Alberto Fernandez et le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev ont obéi et se sont assis à proximité immédiate de Vladimir Poutine. Par contre, le premier ministre hongrois Viktor Orban s’est assis au bout de la longue table. Signe qu’il a refusé le test russe.

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